Se battre sur le nouveau terrain

“Bloom02” Crimethinc !

Se battre sur le nouveau terrain

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CrimethInc

Autrefois, les médias grand public étaient constitués de quelques chaînes de télé et de radio. Celles-ci n'ont pas seulement été multipliées jusqu’à l'infini, mais elles sont également en train d'être supplantées par d'autres formes de médias comme Facebook, Youtube et Twitter. Mais est ce que cela nous a délivré d'une consommation passive des médias ? Et quel contrôle a t-on vraiment sur ces nouveaux formats, structurellement parlant ?

Autrefois, les films étaient le symbole d'une société basée sur le spectacle; aujourd'hui les jeux vidéos nous permettent d'être acteurs dans nos propres histoires épiques, et l'industrie du jeu vidéo fait pratiquement autant de business qu'Hollywood. Dans une audience regardant un film, tout le monde est seul; le plus que tu puisses faire et de huer si le scénario te semble mauvais. D'un autre coté, dans les nouveaux jeux vidéos tu peux interagir avec des versions virtuelles de personnes réelles en temps réel. Mais est ce que cela signifie plus de liberté ? Est ce que cela crée plus de commun?

Autrefois, on pouvait parler de culture et de société dominante, et les sous-cultures semblaient subversives. Aujourd'hui, la "diversité" est importante pour nos dirigeants, et les sous-cultures sont un moteur essentiel de la société de consommation: le plus d'identités il y a, le plus de marchés.

Autrefois, les gens grandissaient dans les mêmes communautés que leurs parents et grand-parents, et le voyage pouvait être considéré comme une force déstabilisante interrompant des configurations sociales et culturelles statiques. Aujourd'hui, la vie est caractérisée par un mouvement constant tandis que les gens luttent pour suivre les exigences du marché; à la place de configurations répressives, nous avons la transition permanente, l'atomisation universelle.

Autrefois, les ouvriers restaient dans un même lieu de travail pendant des années ou des décennies, développant des liens sociaux et des points de référence communs qui rendaient les anciennes formes d'union possibles. Aujourd'hui, le travail est de plus en plus temporaire et précaire, tandis que de plus en plus de travailleurs passent des usines et des syndicats au secteur des services et à la flexibilité obligatoire.

Autrefois, le salariat était une sphère distincte de la vie, et il était facile de reconnaître et de se rebeller contre la manière dont notre potentiel productif était exploité. Aujourd'hui, chaque aspect de la vie devient du "travail", dans le sens d'une activité qui produit de la valeur dans l'économie capitaliste: jeter un coup d’œil à notre compte mail, et on augmente le capital des publicitaires. A la place de rôles distincts et spécialisés dans l'économie capitaliste, on voit de plus en plus de production de capital flexible et collective, une grande partie étant non-payée.

Autrefois, le monde était plein de dictatures dans lesquelles le pouvoir était clairement détenu en haut, et qui pouvait être contesté en tant que tel. Aujourd'hui elles cèdent le pas à des démocraties qui semblent inclure plus de gens dans le processus politique, légitimant ainsi les puissances répressives de l’État.

Autrefois, l'unité principale de la puissance étatique était la nation, et les nations étaient en compétition entre elles pour préserver leurs propres intérêts. Dans l'ère de la mondialisation, les intérêts des États transcendent les frontières nationales, et le mode dominant de conflit n'est plus la guerre, mais les opérations de police. Celles ci sont parfois employées contre les États voyous, mais tout le temps contre les peuples.

Autrefois, on pouvait tracer des lignes, quand bien même arbitraires, entre le soi-disant premier monde et le tiers monde. Aujourd'hui, le premier monde et le troisième monde coexistent dans toutes les métropoles, et la suprématie blanche est mise en œuvre par un président noir.

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Se battre sur le nouveau terrain

En ce début de siècle, on ne peut imaginer l'anarchisme qu'en tant que désertion d'un ordre social tout puissant.

Il y a dix ans, étant de jeunes fous aux yeux pleins d'étoiles, on publia "Days of war, Nights of love", qui, de manière surprenante, fut l'un des livres anarchistes les plus vendus de la décennie qui venait. [1] Même s'il était controversé, en rétrospective c'était assez représentatif de ce que beaucoup d'anarchistes de l'époque voulaient : immédiateté, décentralisation, une résistance DIY au capitalisme. On rajouta, à l'époque, d'autres éléments plus provocateurs : l'anonymat, le plagiat, le crime, l'hédonisme, le refus du travail, la dé-légitimation de l'histoire en faveur du mythe, l'idée que la lutte révolutionnaire pouvait être une aventure romantique.

Notre approche était basée sur un contexte historique spécifique. Le bloc soviétique venait de s'effondrer, et les crises politiques, économiques et écologiques n'étaient pas encore là; le capitalisme triomphant était à son plus haut sommet. On s'est concentré sur un travail de sape des valeurs de la classe moyenne, parce qu'elles semblaient être les aspirations de tout le monde; on présenta le combat anarchiste comme un projet individuel parce qu'il était difficile d'imaginer autre chose. Tandis que le mouvement altermondialiste gagnait en force aux États-Unis et donna naissance au mouvement anti-guerre, on a commencé à conceptualiser la lutte plus collectivement, même si elle venait d'une décision personnelle de s'opposer à l'ordre social.

Aujourd'hui, beaucoup de ce que nous revendiquions est dépassé. Tandis que le capitalisme s'est mué en crise perpétuelle et que les innovations technologiques ont pénétré chaque aspect de la vie, l'instabilité, la décentralisation, et l'anonymat en sont venus à caractériser notre société sans que nous soyons plus proche de notre société de rêve.

Les radicaux pensent souvent qu'ils sont dans un désert, déconnectés de la société, quand en fait ils sont l'avant garde de cette société – même s'ils ne se dirigent pas forcément vers les buts qu'ils choisissent. Comme nous l'avons montré plus tard dans Rolling Thunder #5, la résistance est le moteur de l'histoire : elle force les évolutions sociales, politiques, et technologiques, en obligeant l'ordre dominant à innover constamment afin de contourner ou absorber l'opposition. Ainsi nous pouvons contribuer à des transformations incroyables sans jamais atteindre notre but.

On n'essaye pas de dire que les événements mondiaux se font par l'entremise des radicaux, mais plutôt de dire qu'ils se retrouvent souvent et inconsciemment, présents à leurs débuts. Mesurée à l'infinité de l'histoire, chaque entremise est infinitésimale – mais la notion même de théorie politique nous laisse présumer qu'il est possible d'utiliser ces entremises de manière intelligente.

Lorsque nous préparons les stratégies pour des campagnes, on doit faire attention à ne pas faire des demandes qui peuvent être satisfaites par des réformes partielles, de peur que nos oppresseurs nous neutralisent en les satisfaisants. Des exemples de programmes radicaux facilement désamorcés sont tellement évidents qu'il est presque vulgaire de les rappeler : la priorité aux vélos, la technologie "durable", "acheter local", et d'autre formes de consommation éthique, le travail bénévole et humanitaire qui ne fait que rendre supportable la souffrance infligée par le capitalisme mondial sans s'attaquer aux racines du mal.

Mais ce phénomène peut aussi exister à un niveau structurel. On devrait étudier les manières dont on a appelé à du changement important sans que cela nécessite de secouer les fondations mêmes du capitalisme et de la hiérarchie – de manière à ce que la prochaine fois nos efforts nous mènent jusqu'au bout.

Aujourd'hui, ça doit devenir un un couloir aérien
pour fuir un monde qui s'effondre


Ne pas travailler – est ce que ça a marché ?

La provocation définitive de nos débuts a été de prendre littéralement le dicton situationniste NE TRAVAILLE JAMAIS. Quelque uns d'entre nous on essayé de savoir si cela était réellement possible. Ce bout de bravoure montra donc tout le génie que recèle une jeunesse sans tutelle, et tous les périls. Bien que beaucoup aient empruntés cette voie auparavant, pour nous c'était comme si nous étions les premiers primates à être envoyés dans l'espace. De toute manière, on faisait quelque chose, et prenions les rêves de révolution sérieusement, comme un projet que l'on commence immédiatement avec -comme nous l'appelions – un dédain aristocratique pour les conséquences.

C'est tentant que d'écarter cela comme étant de l'art du spectacle. Toutefois, nous devons comprendre cela comme une tentative de répondre à la question qui se pose encore aujourd'hui pour les révolutionnaires aux États-Unis et en Europe Occidentale: qu'est ce qui pourrait interrompre notre obédience ? Les insurrectionnalistes contemporains essayent aujourd'hui de se poser là même question, même si beaucoup des réponses qu'ils proposent sont également limitées. En soi, ni le chômage volontaire ni le vandalisme gratuit semblent capables de jeter la société dans une situation révolutionnaire. Malgré tout, on continuer à croire en notre intuition originelle qu'il sera nécessaire de développer de nouvelles manières de vivre pour provoquer de telles situations; ce n'est pas juste une question de fournir assez de travail dans une tache particulière. Le ciment de notre société – ce mur qui se tient entre nous et un autre monde – est avant tout la bonne conduite des exploités et des exclus.

En une décennie, l'histoire a rendu notre expérience obsolète, cédant de manière perverse à nos demandes d'avoir une classe inemployable. Les chiffres du chômage aux États-Unis, estimés à 4% en l'an 2000, sont à 10 % à la fin 2009 – et cela ne compte que les gens cherchant activement du travail. Les excès de la société de consommation offraient autrefois à ceux qui décrochaient une certaine marge d'erreur, la crise économique l'a érodé et a donné un caractère involontaire au chômage.

On découvre en fait que le capitalisme n'a pas plus besoin de nous que nous de lui. Cela ne vaut pas seulement pour les anarchistes sécessionnistes, mais pour des millions de travailleurs aux États-Unis. Malgré la crise économique, les grandes entreprises sont en train d'engranger d'énormes profits – mais au lieu d'utiliser cet argent pour embaucher plus de gens, ils l'investissent dans des marchés étrangers, achètent des nouvelles technologies pour réduire leur besoin en personnel, et payent des dividendes aux actionnaires. Après tout, ce qui est bon pour General Motors, n'est pas bon pour le pays; les compagnies effectuant le plus de profit aux États-Unis sont aussi celles qui déplacent la consommation et la production aux marchés émergents d'outremer.

Dans ce contexte, refuser de travailler ressemble plutôt à un programme d'austérité volontaire; c'est pratique pour les riches si on rejette le matérialisme consumériste, puisque de toute manière il n'y a pas assez de produits pour tout le monde. A la fin du 19ème siècle, quand la majorité des gens s'identifiait à son travail, refuser le salariat en tant qu'épanouissement exprimait un rejet des valeurs du capitalisme. Maintenant, du travail temporaire et une identification à ses loisirs plutôt qu'à son travail se sont normalisés en tant que position économique plutôt que politique.

Le capitalisme est aussi en train d'incorporer notre idée que les gens devraient plutôt agir selon leur conscience plutôt que pour un salaire. Dans une économie où il est facile de vendre son travail, cela a du sens que de mettre l'accent sur d'autres motivations pour travailler; dans une économie précaire, vouloir travailler gratuitement a d'autres implications. l’État repose de plus en plus sur le DIY, qui autrefois animait la scène punk, pour corriger les excès du capitalisme. C'est moins cher de laisser les environnementalistes nettoyer la marée noire de BP que de payer des employés à le faire par exemple. Cela vaut aussi pour Food Not Bombs si ça devient une charité plutôt qu'une manière de faire circuler des flux subversifs et la camaraderie.

Aujourd'hui le défi n'est pas de persuader les gens de refuser à vendre leur force de travail, mais de démontrer comment une classe peut survivre et résister. Nous avons du chômage en abondance – nous devons maintenant interrompre les processus qui créent de la pauvreté.

 

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De nouvelles technologies, des stratégies démodées.

Dans la seconde moitié du 20ème siècle les radicaux étaient basés dans des enclaves sous-culturelles et lançaient des assauts contre la société. L'appel au "chômage confrontationnel" présumait un contexte d'espaces contre-culturels dans lesquels les gens pouvaient s'investir.

Le paysage culturel est différent aujourd'hui; la sous-culture elle même semble fonctionner différemment. Grâce aux nouvelles technologies, elles se développent et se propagent plus rapidement, et sont remplacées tout aussi rapidement. Le punk rock par exemple, n'est plus une société secrète dans laquelle les lycéens sont initiés à par leur camarades et des cassettes. C'est toujours généré par ses participants, mais aujourd'hui en tant que marché de consommation géré par des entités impersonnelles comme les forums et le téléchargement. Ce n'est pas une surprise si les gens sont moins investis personnellement: aussi facilement qu'il le découvre, ils peuvent passer à autre chose. Dans un monde composé d'information, la sous culture n'est plus extérieure à la société, et ne peut plus être une voie de sortie, mais plutôt une zone parmi toutes les zones de la société, une question de goût.

Pendant ce temps, internet à transformé l'anonymat autrefois propre aux criminels et aux anarchistes en composante de la vie de tous les jours. Toutefois et de manière inattendue, ça fixe les identités politiques et les positions en place selon une nouvelle logique. Le champ du discours politique est défini en avance par des URL; c'est difficile de produire une mythologie collective de pouvoir collectif quand chaque annonce est déjà située dans une constellation connue. Un poster sur un mur a pu être collé par n'importe qui; et ça semble indiquer un sentiment général, même si ça représente les idées d'une personne. Une phrase sur un site internet, d'un autre coté, apparaît dans un monde ségrégué en des ghettos idéologiques. Le mythe de CrimthInc. En tant que organisation clandestine décentralisée à laquelle tout le monde peut participer suscita pas mal d'activité jusqu’à ce que la topographie d'internet concentra lentement l'attention sur une unique page internet.

Ainsi donc, internet a simultanément rendu et possible et obsolète le potentiel que nous avons vu dans les sous-cultures et l'anonymat. On pourrait dire la même chose au sujet de notre plaidoyer sur le plagiat; il y a une décennie on pensait prendre une position extrême contre les droits d'auteur et la propriété intellectuelle quand en fait on était juste en avant de la vague. Les semaines que nous avons passées à passer au peigne fin les bibliothèques pour réutiliser des images annonçait juste un monde dans lequel pratiquement tout le monde fait la même chose d'une simple recherche sur google image pour leurs blogs. Les notions conventionnelles de droit d'auteur sont en train d'être remplacées par de nouvelles formes de production, comme le "crowdsourcing", qui pointent vers un futur dans lequel le volontariat gratuit sera une partie majeure de l'économie – faisant partie du capitalisme plutôt que l'opposant.

 

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Ici on a arrive a voir comment nos demandes ont été satisfaites de la manière la plus pernicieuse; satisfaites dans la forme mais pas dans le fond. La distribution gratuite, qui autrefois semblait démontrer une alternative radicale aux modèles capitalistes, est maintenant monnaie courante dans une société dans laquelle les moyens de production sont toujours au mains des capitalistes. Les formats électroniques se prêtent à la distribution libre et gratuite de l'information; cela force ceux qui produisent des formats matériels comme les journaux à la donner aussi, ou à faire faillite – et à être remplacés par des blogueurs content de faire leur travail gratuitement. Pendant ce temps, la nourriture, le logement et autres nécessités – sans mentionner le hardware nécessaire pour faire fonctionner ces formats électroniques – sont plus chers que jamais. Cette situation offre un certain niveau d'accès à ceux qui ne possèdent rien pendant que cela bénéficie ceux qui contrôle déjà ces vastes ressources; c'est parfait pour une ère de chômage intense dans laquelle il sera nécessaire de caser les chômeurs et de leur trouver une utilité. Cela implique un futur dans lequel les élites riches et puissantes utiliseront de la main d’œuvre gratuite d'une vaste foule de travailleurs précaires et au chômage pour maintenir son pouvoir et leur dépendance.

Cela est d'autant plus sinistre que cette main d’œuvre gratuite sera volontaire et semblera bénéficier au public général plutôt qu'à l'élite.


Peut être que la contradiction de notre époque est que les nouvelles technologies et les formes sociales horizontalisent la production et la distribution de l'information, et malgré cela nous rendent plus dépendants des produits commerciaux.

 Décentraliser la hiérarchie: La participation en tant qu’assujettissement.


A la fin des années 90, les anarchistes étaient les champions de la participation, de la décentralisation et de la liberté d'action individuelle. En se basant sur nos propres expériences dans le monde du DIY, on a aidé à populariser ce modèle viral, dans lequel un format développé dans un contexte pouvait être reproduit dans le monde entier. Cela est exemplifié par des programmes comme 'Food not Bombs', et des tactiques comme le black bloc, et cela aida à diffuser une culture antiautoritaire particulière, de New York à la nouvelle Zélande.

A l'époque, on répondait aux limites des modèles politiques et technologiques du siècle précédent et aux opportunités qui émergeaient pour les transcender. Cela nous plaça au devant de la scène des innovations qui reformèrent le capitalisme. Par exemple, TXTmob, le programme SMS développé par "l'Institut for Applied Autonomy" pour les manifs contre les 'Democratic and Republican National Conventions', on servi de modèle à Twitter. De même, on peut interpréter les nouveaux réseaux internationaux du DIY, formalisés dans des manuels comme 'Book Your Own Fucking Life', comme les précurseurs de Myspace et Facebook. En même temps, ce modèle viral est maintenant mieux connu sous le terme de

marketing viral.

Ainsi, la culture de consommation nous a rattrapé, intégrant nos tentatives de sécession dans le maintien du spectacle que nous rejetions et offre à tout le monde l'opportunité "de s'échapper". Ennuyé par les programmes de télévision unidirectionnels, le consommateur moderne peut programmer lui même sa soirée télé, même étant loin physiquement et émotionnellement de ses collègues spectateurs. Nos demandes pour plus de liberté d'action et de participation on été satisfaites, mais dans un cadre toujours fondamentalement déterminé par le capitalisme. La demande que tout le monde soit un sujet plutôt qu'un objet est satisfaite. Maintenant, nous sommes les sujets administrant notre propre aliénation, en accord avec la notion situationniste qui explique que le spectacle, ce n'est pas juste le monde des apparences, mais plutôt le système social dans lequel les humains n’interagissent entre eux qu'en jouant leurs rôles prescrits.

Même les fascistes essayent la décentralisation et l'autonomie. En Europe, les "Autonomes Nationalistes" se sont appropriés les formats et l'esthétique radicale, employant une rhétorique anticapitaliste et la tactique du black bloc. Ce n'est pas juste nos ennemis essayant de se faire passer pour nous, même si c'est sûr que contribue à la confusion : cela indique aussi une scission idéologique dans les cercles fascistes tandis que les nouvelles générations tentent de mettre à jour leur modèles d'organisation pour le 21ème siècle. Les fascistes aux États-Unis et autre part tentent le même projet sous la bannière paradoxale "d'anarchisme nationaliste" ; s'ils réussissent à persuader le grand public que l'anarchisme est une forme de fascisme, notre futur sera bien sombre.

 

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"Autonomes Nationalistes"

Qu'est ce que cela veut dire si les fascistes, les plus grands défenseurs de la hiérarchie, peuvent utiliser les structures décentralisées dont nous étions les pionniers ? Le 20ème siècle nous a appris les conséquences d'utiliser des méthodes hiérarchiques pour poursuivre des buts non-hiérarchiques. Le 21ème siècle va peut être nous montrer comme des méthodes non-hiérarchiques peuvent mener à des buts hiérarchiques.

En extrapolant à partir de ces développements, on pourrait formuler une hypothèse qui dit que nous nous dirigeons vers une situation dans laquelle le fondement de la société hiérarchique ne sera pas la centralisation permanente du pouvoir, mais la standardisation de certaines formes de socialisation affaiblissantes, de prises de décision, et de valeurs. Ceux-ci semblent se propager spontanément, même si en fait ils n'apparaissent désirables qu'à cause de ce qui est absent dans notre contexte social imposé.

Mais – des hiérarchies décentralisées ? On dire un koan zen. La hiérarchie est la concentration du pouvoir dans les mains de quelques un. Comment est ce que ça peut être décentralisé?

Pour comprendre cela, retournons au concept de la panoptique de Foucault. Jeremy Bentham avait conceptualisé la panoptique en tant que modèle pour rendre les prisons et les lieux de travail plus efficaces; c'est un bâtiment circulaire dans lequel toutes les salles font face à une cour au milieu du cercle, de manière à ce qu'ils puissent tous être vu d'une tour d'observation située au centre. Les prisonniers ne peuvent pas voir ce qui se passe dans la tour, mais ils savent qu'ils sont sûrement observés et ce à n'importe quel moment, alors ils intériorisent cette surveillance et ce contrôle. En un mot, le pouvoir voit sans être vu, tandis que les observés regardent sans voir.

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Panoptique


Dans la panoptique, le pouvoir est déjà situé dans la périphérie plutôt que dans le centre, dans le sens où le contrôle est exercé principalement par les prisonniers eux mêmes. Les travailleurs sont en compétition et sont capitalistes plutôt que d'établir une cause commune, les fascistes rendent possible des relations oppressives de manière autonome, sans État qui dirige. La domination n'est pas imposée du dessus, mais est une fonction de la participation.

Simplement, pour participer dans la société, on doit accepter la médiation de structures déterminées par des forces en dehors de notre contrôle. Par exemple, nos amitiés passent de plus en plus par Facebook, les téléphones portables et autres technologies qui rendent nos activités transparentes aux entreprises et aux États; ces formats modifient la forme et le contenu mêmes de ces amitiés. Cela va de même pour nos activités économiques: à la place de simple pauvreté, on a des emprunts et des scores de solvabilité – nous ne sommes pas une classe sans propriété, mais un classe contrôlée par la dette. Et encore une fois, tout cela apparaît normal, ou semble même être du progrès.
A quoi cela ressemble t-il de résister dans ce contexte là ? Tout semblait plus facile en 1917 quand les prolétaires de tous les pays rêvaient de prendre le Palais d'Hiver. Deux générations plus tard, l'équivalent semble être de prendre le siège social d'une télévision; ce fantasme est mis en film par Hollywood en 2005. Maintenant, il est évident que le capitalisme mondialisé n'a plus de centre; plus de cœur à percer.

En fait, cette idée est du pain béni pour les anarchistes, dans le sens ou cela ferme la porte aux formes de lutte "du haut vers le bas". Il n'y a pas de raccourcis maintenant, et aucune justification pour les prendre – il n'y aura plus de dictatures "provisoires". Les révolutions autoritaires du 20ème siècle sont derrière nous pour de bon; si la révolte doit éclater, les méthodes anarchistes doivent être diffusées.

Certains ont avancé l'idée qu'en absence de centre, quand le virus sus-mentionné est plus dangereux qu'un assaut frontal, le travail ne consiste pas tant à choisir la cible idéale qu'à rendre populaires de nouvelles formes de combat. Si cela ne s'est pas encore fait, peut être que c'est simplement parce que les anarchistes doivent encore développer une approche qui frappe les autres comme pratique et réalisable. Quand on proposera des solutions bétons aux problèmes posés par le désastre capitaliste, peut être que cela suivra.

Mais cela est délicat. De telles solutions doivent résonner au delà d'une sous culture particulière dans une ère dans laquelle chaque innovation est générée instantanément et est contenu dans une sous culture. Elles devrons d'une manière refuser et interrompre les formes de participation essentielles au maintien de l'ordre, autant celles basées sur l'intégration que celles basées sur la marginalité. Elles doivent répondre aux besoins immédiats des gens tout en donnant naissance à des désirs qui les mèneront autre part. Et si nous avançons des solutions qui en fait ne prennent pas nos problèmes à la racine – comme on le faisait il y a dix ans – on va simplement inoculer l'ordre social contre les résistances de cette génération.

Quand on parle solutions contagieuses, peut être que les émeutes grecques de 2008 pendant lesquelles les banques ont brûlées sont moins signifiantes que les pratique quotidiennes en Grèce d'occupation de bâtiments, de réquisition et de distribution de nourriture, et de se retrouver publiquement en dehors de logiques commerciales. Ou peut être que les émeutes étaient aussi signifiantes: pas seulement en tant qu'attaques contre l'ennemi, mais en tant que festival montrant une manière radicalement différente de vivre.


Déstabiliser la société : double tout ou rien

Dans les années 90, le capitalisme apparaissait comme éminemment stable, si non inattaquable. Les anarchistes fantasmaient sur les émeutes, les catastrophes, et les effondrements industriels précisément parce qu'ils semblaient impossibles – et parce que, en leur absence, il semblait que ça ne pouvait être qu'une bonne chose.

Tout cela changea après le 11 septembre 2001. Une décennie plus tard, les crises et les catastrophes sont trop connues. L'idée que le monde arrive à sa fin est banale; qui n'a pas lu un rapport sur le réchauffement climatique et haussé les épaules ? L'empire capitaliste est clairement fatigué, et peu croient qu'il va durer encore longtemps. Pour l'instant toutefois, il semble encore capable d'utiliser ces catastrophes et ces crises pour consolider le contrôle, et en faisant supporter les coûts sur les opprimés.

Tandis que la mondialisation creuse le fossé entre les classes, certaines disparités entre les nations semblent disparaître. Les programmes sociaux aux États-Unis et en Europe sont en train d'être démantelés tandis que la croissance est partie en Chine et en Inde; les Gardes Nationaux qui ont servi en Irak sont maintenant déployés aux États-Unis pour maintenir l'ordre durant les manifestations des sommets et lors de catastrophes naturelles. Cela est cohérent avec la direction que prennent les hiérarchies statiques et spatialisées vers des manières décentralisées et dynamiques de maintenir les inégalités. Dans ce nouveau contexte, les notions du 20ème siècle sur le privilège et l'identité sont extrêmement simplistes.

Nos ennemis à droite ont déjà mis en place leur réaction à l'ère de la mondialisation et de la décentralisation. On peut voir cela avec le Tea Party aux États-Unis, mais aussi avec les mouvements nationalistes à travers l'Europe et les fondamentalismes religieux dans le monde entier. Tandis que l'Europe occidentale s'est agglomérée au sein de l'Union Européenne, l'Europe de l'est s'est balkanisée en douzaines d’États Nation qui essayent de capitaliser sur le mécontentement avec un empressement fasciste. Le fondamentalisme religieux est un phénomène récent au Moyen-Orient, né sur les décombres de mouvements laïques de "libération nationale" en tant que réaction exagérée à l'impérialisme culturel occidental. Si nous laissons les partisans de la hiérarchie monopoliser l'opposition à l'ordre dominant, les anarchistes disparaîtront tout simplement de l'Histoire.

D'autres sont déjà en train de disparaître de la scène. Tandis que la classe moyenne s'érode en Europe, les partis traditionnels de gauche meurent avec, et l'extrême droite prend le terrain qu'ils abandonnent.

Si la gauche continue à se recroqueviller jusqu’à l'extinction, l'anarchisme sera le seul mouvement de la partie pour accueillir les radicaux. Cela sera une opportunité pour affirmer ce que l'on veut à ceux qui seront déçus des partis politiques traditionnels. Mais sommes nous préparés à nous battre contre le capitalisme mondialisé tout seuls, sans alliés ? Augmenter le conflit est un pari : dès que nous attirons l'attention de l’État, on doit tout jouer ou rien, essayant de mobiliser assez de soutien pour battre l'inévitable contre-attaque. Chaque émeute doit être suivie d'une campagne plus large tournée vers les autres, plutôt que d'une retraite dans l'ombre.

Peut être qu'il serait meilleur si l'histoire avançait si doucement que nous aurions le temps de construire un mouvement populaire massif. Malheureusement, on aura sûrement pas le choix. Prêts ou non, l'instabilité que nous avions souhaité est là; on changera le monde, ou on mourra avec lui.

C'est donc le moment de se débarrasser des stratégies basées sur l'ordre social statique. En même temps, la crise enferme les individus dans un présent perpétuel, les poussant à réagir à des stimulus plutôt qu'à agir stratégiquement. Dans notre capacité actuelle, on ne peut faire grand chose pour réduire les effets des catastrophes capitalistes. Notre boulot est plutôt d'initier des réactions en chaîne de révolte; on devrait évaluer tout ce que l'on fait sous cet angle de vue.

Dans ce contexte, c'est plus important que jamais de ne pas nous imaginer des protagonistes de l'insurrection. Le corps social anarchiste aux États-Unis est assez grand pour catalyser des bouleversements sociaux, mais pas assez grand pour les prendre complètement en charge. Comme un camarade de Void Network le dit toujours, "on ne fait pas l'insurrection. On fait un peu d'organisation, et tout le monde fait l'insurrection".

Cela demandera beaucoup de notre part. Dix mille anarchistes prêts à aller aussi loin que Enric Dunan, le saint patron des escrocs de banques, pourraient constituer une véritable force, réquisitionnant des ressources avec lesquelles établir des infrastructures alternatives et montrant l'exemple d'une désobéissance qui pourrait voyager loin. Cela rendrait la "sécession" de nouveau d'actualité dans la nouvelle ère. C'est terrifiant que d'imaginer les gens allez aussi loin – mais dans un monde qui s'effondre, la terreur nous attend déjà, que nous le voulions ou non.

Tout le monde qui a déjà participé à un black bloc sait qu'on est plus en sécurité en première ligne. Tout ou rien.

 

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Bats-toi – la paix sociale n'est ni l'un ni l'autre.

 

Conclusion: Les plaisirs interdits

Mais assez parlé stratégie. Il y avait une demande dans "Days of War, Nights of Love" qui ne pouvait pas être satisfaite sous n'importe quelle forme que prenait le capitalisme: l'idée qu'une vie sans intermédiaire pouvait être intense et joyeuse. On avait exprimé cela dans notre conception de la résistance en tant qu'aventure romantique capable de satisfaire tous les désirs sans être consommée par la société de consommation. Malgré toutes les tribulations et les cœurs brisés de la décennie passée, ce défi s'attarde comme de l'espoir au fond de la boite de pandore.

On maintient toujours cette exigence. On ne résiste pas simplement par devoir, habitude, ou soif de vengeance, mais parce que nous voulons vivre pleinement, utiliser au maximum notre potentiel illimité. Nous sommes des anarchistes révolutionnaires parce qu'on dirait qu'il n'y a pas de manière de savoir ce que cela veut dire sans se battre un peu.

Aussi difficile que cela paraît, notre lutte est une lutte pour la joie – pour être plus exact, c'est une manière de générer de nouvelles formes de joies. Si nous perdons cela de vue, personne d'autre ne nous rejoindra, et ils ne devraient pas. Nous amuser n'est pas simplement quelque chose que nous devons faire parce que c'est stratégique ou parce que cela attirera de nouvelles recrues; c'est un indice infaillible pour savoir si nous avons quelque chose à offrir ou non.

Tandis que l'austérité devient le mot d'ordre de nos dirigeants, les plaisirs disponibles sur le marché deviendront de plus en plus rares. L'intérêt des gens pour la réalité virtuelle est pratiquement un aveu que la vie n'est pas – ne peut pas être – satisfaisante. On doit prouver que ce n'est pas le cas, en découvrant des plaisirs interdits qui ouvrent le chemin d'un nouveau monde.

Ironiquement, il y a dix ans, cette exigence particulière était la partie la plus controversée de notre programme. Rien ne met les gens le plus sur la défensive que la suggestion qu'ils peuvent et doivent s'amuser : cela met à nu toute leur honte de leurs échecs la dessus, et tout leur mécontentement envers ceux qu'ils pensent accaparent tout le plaisir, et aussi un reste de puritanisme.

Dans "fragments of an Anarchist Anthropology", David Graeber spécule que:

"Si on veut s'attirer de la haine, la façon la plus facile de le faire et de se concentrer sur les façons bizarres et perverses qu'un autre groupe essaye de se procurer du plaisir. Si on essayer de mettre l'accent sur le commun, le plus facile de construire ce commun est de montrer que l'on ressent aussi la même douleur."


Cette formule est tragiquement familière à tous ceux qui on été témoins de radicaux se caricaturant les uns les autres. Déclarer que tu as expérimenté des plaisir divins – spécialement grâce à quelque chose qui oppose tout contrôle, comme voler dans les magasins ou se battre contre la police – est une invitation aux autres pour te juger et te haïr. Et peut être que cette formule explique pourquoi les anarchistes peuvent se réunir quand l’État assassine Brad Will ou Alexis Grigoropoulos mais ne peuvent pas mettre leurs différences de coté et se battre aussi férocement pour la vie.

 

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La mort nous mobilise, nous catalyse. Le rappel de notre propre mortalité nous libère, nous permet d'agir sans peur – car rien n'est plus terrifiant que la possibilité que nous puissions vivre nos rêves, qu'il y a de véritables enjeux dans notre vie. Si seulement on savait si le monde arrivait à sa fin, nous serions alors prêt à tout risquer – pas seulement parce qu'on aurait rien à perdre, mais parce que on aurait plus rien à gagner.
Mais si nous voulons être des anarchistes, on va devoir embrasser la possibilité que nos rêves peuvent devenir réalité – et se battre selon. On va devoir choisir la vie par dessus la mort pour une fois, le plaisir par dessus la douleur. On va devoir commencer.